1 mois après les élections : comment les jeunes l’ont-ils vécu ?

1 mois après les élections : comment les jeunes ont-ils vécu la campagne ?

Selon une enquête d’IFOP, 41% des jeunes âgés de 18 à 24 ans n’ont pas voté au 1er tour des élections présidentielles de 2022. Ce chiffre est 2 fois plus élevé que dans l’ensemble de la population (26%). Il est aussi important de rappeler qu’en 2017, chez les 18-24 ans, l’abstention était de 29%.

D’après les sondages les jeunes semblent s’intéresser de moins à moins à la vie politique actuelle. Mais qu’en est-il ?

La période  électorale a fait l’objet de débats enflammés, chacun s’emparant des thématiques abordées et essayant de diffuser ses idées, ses valeurs et de convaincre le public par divers moyens.

Notre équipe a interviewé 3 jeunes sur leur ressentis vis-à-vis des élections et de la campagne électorale des candidats :

 

Boris, 24 ans, raconte :

« J’ai voté Macron parce que, pour moi, c’est celui qui a le plus la tête sur les épaules. Même si tout n’est pas parfait, c’est celui qui a le mieux réussi à endiguer la crise. »

« J’ai été marqué par la violence de cette période électorale, par l’embrasement des débats et surtout par le manque de recul et d’objectivité des gens. Je ressens limite de la colère vis-à-vis des média qui prennent une place beaucoup trop importante dans nos vies et qui nous retournent le cerveau. »

Boris témoigne de sa lassitude vis-à-vis de la place des médias dans les campagnes.

Justement, vers quels médias les jeunes se sont-ils tournés pendant les élections ?

Loin des médias traditionnels, les jeunes se sont informés via les réseaux sociaux (surtout TikTok et Instagram) avec tous les biais que cela implique : contenu informel, pas toujours vérifié, dans lequel les émotions dominent. Il ne s’agit alors plus de transmettre des informations pertinentes, mais plutôt d’influencer, voire de convaincre son auditoire par tous les moyens. Avec un effet boule de neige qui débouche parfois sur de graves conflits. 

Cependant, des contenus plus approfondis, avec un vrai travail journalistique, ont émergé grâce à des médias comme Brut. De plus, la stratégie de communication des candidats s’est beaucoup concentrée sur les jeunes. C’est pourquoi, sur le compte de Konbini par exemple, les candidats répondent directement à des questions posées par les utilisateurs, démontrant une volonté de proximité avec les jeunes. Toutefois, l’abstention record des jeunes témoigne du dysfonctionnement et de l’échec de ces multiples stratégies. Le vernis s’écaille, les jeunes sont en quête de vérité et de réponses concrètes face aux défis de notre époque. 

En outre, des jeunes eux-mêmes ont développé des alternatives aux médias traditionnels. En témoigne Elyze, l’application créée par deux étudiants (Grégoire Cazcarra et François Mari) dans le but de lutter contre l’abstentionnisme chez les jeunes. Cette dernière est massivement utilisée, en février 2022 l’application compte plus de 2 millions de téléchargements. Les réseaux sociaux ont aussi constitué un vecteur d’information crucial. Hugo Travers est suivis par 2 millions d’utilisateurs sur Instagram. Durant les élections, avec son équipe, il a interviewé tous les candidats et a décrypté l’ensemble des programmes de ces derniers de manière très claire et concise. Son immense succès s’explique en partie du fait de l’accès gratuit à un contenu court, précis et simple.

 Audrey, 19 ans, révèle :

« Je suivais beaucoup la campagne lors du 1er tour. J’ai trouvé la période anxiogène. »

« J’ai été très déçue des candidats qui entretenaient des débats creux, agressifs, constructifs. Ça m’a refroidi. »

Pour elle, les enjeux cruciaux sont l’égalité des chances de chacun et la préservation de l’environnement, de la biodiversité. Elle témoigne de ses intentions de vote pour Yannick Jadot au 1er tour : « Je voulais voter pour l’écologie mais j’ai fait un vote utile en votant pour Mélenchon car sa popularité était forte et il avait plus de chance de gagner selon les sondages. J’étais en accord avec son programme social et écologique mais en désaccord sur d’autres sujets tel son désir de sortir de l’OTAN et de l’UE. »

Audrey affirme qu’elle ne se sentait pas représentée à travers les candidats, elle a voté aux deux tours mais a montré une réelle défiance vis-à-vis des campagnes : « la jeunesse est sous-représentée dans le paysage politique ! ». Elle remet en cause la représentativité du modèle électoral actuel qu’elle juge non adapté.

Finalement elle énonce : « J’ai eu envie de m’engager politiquement, mais j’ai rencontré des gens qui m’ont dit que je n’y survivrai pas ! En revanche, à l’échelle de l’UE, ou d’une collectivité territoriale pourquoi pas… ».

 Emma, 19 ans, explique :

« C’était ma 1ère campagne électorale, le fait d’évoluer dans un milieu universitaire m’a permis de développer ma pensée critique et de décortiquer les médias ce qui m’a beaucoup aidé ! »

Elle énumère les enjeux les plus importants pour elle : « La base c’est l’écologie, notre avenir est en jeu. Mais le pouvoir d’achat et l’immigration sont aussi importants ».

Ainsi, au 1er tour, elle n’avait pas de positionnement politique particulier car ses parents ne sont pas des personnes politisés. L’ influence familiale a cependant joué un rôle : son frère lui a montré des vidéos d’explication des programmes politiques et, car ils partagent les mêmes valeurs, elle a choisi de suivre son vote.

Au 1er tour elle décide de voter pour Éric Zemmour : « Ce n’était pas dans le paysage politique avant, il y avait beaucoup de magouilles dans le passé donc c’est important de démarrer sur une feuille blanche. De plus, il avait un bon programme sur l’écologie, l’éducation (notamment les uniformes) ou encore les dépenses sociales. »

Au 2nd tour, elle décide de voter pour Marine Le Pen : « Tout sauf Macron car j’ai lu des rapports, des bilans sur son quinquennat et j’ai vu qu’il y avait pleins de choses qu’il n’avait pas respecté ou encore des mesures qu’il avait fait passer sans consulter le peuple français. »

Emma tire deux conclusions de cette campagne électorale : 1) les médias hiérarchisent toujours les sujets selon leur coloration politique et choisissent de mettre en avant tel ou tel candidat. 2) « Tout est politique ». Alors qu’elle ne prenait pas ce sujet au sérieux, elle comprends désormais les enjeux et les conséquences que l’action politique engendre. 

Finalement, dans l’ensemble, les jeunes ne sentent pas que leur voix a une portée majoritaire dans le débat public. Selon une étude du CREDOC, les jeunes sont préoccupés majoritairement par l’environnement (32%), l’immigration (19%) et le chômage (17%). Pourtant, durant les élections, le sujet du climat a représenté 5% des débats dans les médias.

Olivier Galland est chercheur au CNRS. À travers un entretien avec « Les Echos » il explique : « cette abstention n’est pas une surprise ». Il met en avant les résultats d’une enquête réalisée par Harris Interactive auprès de jeunes âgés de 18 à 24 ans : « parmi les sondés, 34% estiment que voter ne sert pas à grand-chose car les responsables politiques ne tiennent pas compte de la volonté du peuple ».

Mais pourquoi ?

Olivier Galland affirme : « Ce qui caractérise la jeunesse, c’est la désaffiliation politique : 55 % des jeunes interrogés ne se sentent proches d’aucun parti. Pour autant, ils se disent concernés par l’écologie, les violences faites aux femmes, le terrorisme ou les inégalités. Mais cela ne se traduit pas sous une forme politique. »

En fait, il est inexact de dire que les jeunes sont moins impliqués dans la vie politique qu’auparavant en ne se basant seulement sur les chiffres de participation électorale. Les jeunes participent davantage à des actions politiques dites non traditionnelles et civiques : la consommation, la manifestation, les réseaux sociaux, les pétitions, la participation à des associations, du bénévolat…